Komby en 14 étapes — Étape 2 : Make It Easy, quand le monde écrase ceux qui n’ont pas le temps

Make It Easy Komby — trop d'apps, trop de charge : simplifier le quotidien des commerces et du tertiaire

Il est onze heures quarante-cinq. Le service du midi vient de finir. Le patron est debout derrière le comptoir, tablier encore noué, mains rouges de l'eau du lave-vaisselle. Il a treize minutes avant que la prep de l'après-midi commence.

Il n'a pas treize minutes. Il en a trois.

Je l'ai vu cent fois. Ce visage. Cette fatigue qui n'est pas celle d'une mauvaise nuit mais celle d'une décennie passée debout. Et à chaque fois, quelqu'un — un commercial, un consultant, un mec en chemise — lui explique pourquoi il devrait « digitaliser ». Pourquoi il lui faut douze outils. Pourquoi il devrait passer quarante-cinq minutes sur un onboarding un dimanche soir.

Le patron ferme l'onglet. Il retourne en cuisine. Demain, peut-être. Demain non plus.

Ce n'est pas de la paresse. C'est de l'épuisement. Et moi, debout de l'autre côté — parfois en tant que prestataire, parfois en tant que développeur, parfois en tant qu'ami — je sentais quelque chose se serrer dans la poitrine. Une colère utile. Une détermination aussi — parce que j'avais parfois fait partie du problème, et que je refusais de continuer.

Make It Easy est né de cette colère. Et de cette détermination. Et du besoin viscéral de ne plus être celui qui complique la vie des gens qui n'ont déjà plus de temps.

L'épreuve : porter la complexité des autres

Valérie, ma patronne chez Restovisio, m'avait appris une chose : les gens du terrain — restos d'abord, puis les commerces et le tertiaire que j'ai appris à servir — ne veulent pas qu'on leur explique pourquoi le digital est important. Ils veulent qu'on leur rende la vie plus simple. Ou qu'on les laisse tranquilles.

J'ai passé des années à frapper aux portes. À voir des centaines de cuisines. À entendre la même phrase, reformulée cent façons : « Alexandre, j'ai deux minutes. Dis-moi ce que tu veux. »

Deux minutes. Pas quarante-cinq. Pas un tutoriel en douze étapes.

Puis Digital CHR. Des centaines de clients. Des publications manuelles. Des logiciels de caisse qui ne parlaient à rien. Des clients qui m'appelaient à vingt-trois heures parce que leur site affichait une erreur — resto en service, commerce ouvert, bureau en rush.

La complexité s'accumulait. Pas seulement chez eux — en moi aussi. Ma tête bourdonnait de parcours utilisateur, de bugs, de demandes contradictoires. J'avais l'impression d'ajouter des couches sur des couches, comme des assiettes empilées qui finissent par basculer.

Un soir, un client à Lyon m'a envoyé une capture d'écran. « Où je clique pour voir mes avis ? » Sur mon écran, c'était évident. Sur le sien, sur un téléphone, entre deux services, avec des doigts fatigués — ce n'était pas évident du tout.

Je suis resté assis devant cette capture longtemps. Pas pour corriger un bouton. Pour me demander pourquoi j'avais laissé cette complexité exister. Pourquoi j'avais accepté que « normal » signifie quinze onglets ouverts, quinze mots de passe, quinze factures pour trois outils qui ne se connaissent pas.

Ce soir-là, quelque chose a craqué en moi. Pas le produit — moi. Et j'ai choisi le combat : simplifier, enlever, gagner ce round contre la complexité.

Ce que j'ai retiré de moi en simplifiant

Simplifier, pour les autres, c'est aussi se simplifier soi-même.

J'ai commencé à enlever. Des écrans. Des menus à trois niveaux. Des « paramètres avancés » que personne n'ouvre. Des notifications qui crient pour rien. Des formulaires de quinze champs quand trois suffisent.

Chaque suppression était une victoire de guerrier. Pas seulement pour l'utilisateur — pour moi. Moins de code à maintenir. Moins de support à trois heures du matin. Moins de poids inutile sur des épaules déjà en combat.

J'ai enlevé le jargon. Pas de « onboarding ». Pas de « workflow ». Des mots que le terrain comprend — resto, commerce, bureau : réservations, rendez-vous, avis, site, clients.

J'ai enlevé le temps. Un indépendant — resto, commerce, bureau — ne devrait pas passer une heure à configurer un outil. Vingt minutes, max. Idéalement cinq. Si ce n'est pas le cas, c'est moi le problème, pas lui.

Le client lyonnais m'a répondu le lendemain : « OK. C'est bon. » Trois mots. C'est tout ce qu'il voulait. Pas un tutoriel. Pas un appel. OK. C'est bon.

Cette victoire invisible m'a serré le poing devant l'écran — pas de larmes, de la fierté de combattant. Parce que c'était la preuve que j'avais arrêté d'écraser. Que j'avais choisi de retirer du poids — le sien et le mien — et de gagner ce round.

Pourquoi j'ai dû sortir ce morceau

Make It Easy n'est pas une chanson marketing. C'est une respiration après le rush.

Je l'ai composé un soir où j'avais passé huit heures à refaire un parcours que personne ne verrait jamais — sauf le client pressé qui aurait abandonné sans ça. Huit heures pour déplacer un bouton. Pour raccourcir un libellé. Pour enlever une étape inutile.

À minuit, la tête encore pleine de wireframes et de captures d'écran, je n'arrivais plus à m'arrêter. Mon corps était épuisé mais mon cerveau tournait. Il fallait que ça sorte autrement que par du code.

Le morceau est venu doux. Presque apaisant. Un tempo qui descend. Une mélodie qui dit : respire. C'est plus simple maintenant.

Amanda Leen chante exactement ce que j'avais besoin d'entendre — pas en tant que CEO, en tant que combattant épuisé qui avait passé la journée à alléger le fardeau des autres et qui oubliait de s'alléger lui-même. Make it easy. Deux mots. Pas « notre plateforme unifie vos flux de données ». Juste : respire.

Composer, c'était marquer une pause de guerrier — pas un abandon. Reconnaître que la simplification n'est pas un projet qu'on termine — c'est un combat quotidien contre l'orgueil, contre le marché qui vend du « tout-en-un » qui ne l'est jamais, contre cette voix intérieure qui dit montre tout ce que tu sais faire.

Partager ce morceau, c'était tendre cette respiration à ceux qui vivent la même surcharge. Les commerçants. Les métiers du tertiaire. Les restos, bureaux, nightclubs. Tous ceux qui n'ont pas treize minutes et qu'on force à en trouver quarante-cinq.

Libérer la pensée

L'album Komby documente mes épreuves. Make It Easy documente celle-ci : l'obsession — parfois maladive — de ne pas ajouter de poids à des épaules déjà courbées.

Ce n'est pas une leçon de UX. C'est un journal de combat — la colère du fondateur qui complique, et la victoire du fondateur qui enlève.

J'ai raconté d'autres fragments de cette vie sur France Je Te Quitte — les départs, les exils, les choix impossibles. L'histoire de Digital CHR commence au même endroit : un gars déjà passé par la radio, les médias et le commercial CHR, qui se souvient encore du terrain cuisine de sa jeunesse — seize à dix-neuf ans — et qui regarde un logiciel de caisse chez un client en se disant qu'on peut faire mieux. Pas pour scaler. Pour gagner le round contre la complexité.

Komby — ce qui allait venir — a grandi dans l'ombre de cette obsession. Un seul endroit. Pas quinze onglets. Pas quinze mots de passe. La promesse que tout ce que je construirais respecterait le temps de ceux qui n'en ont pas.

Mais le morceau n'a pas inventé l'approche. Il l'a traduite. Le vécu était déjà là — la complexité, la colère, la détermination. J'ai composé parce que ma tête ne tenait plus. La musique a vidé ce que je portais ; ensuite j'ai continué à construire. Pas l'inverse.

Make It Easy. Deux mots. Une marque de combat musicale. L'étape 2 d'un album quasi autobiographique où la musique traduit toujours le vécu — elle ne le précède pas.


Alexandre Auger — CEO de Komby

*Étape 2/14 — Précédent : Komby Komby (01) · Suite : I Left My Fears Behind (03)*

Alexandre Auger
Alexandre Auger

Entrepreneur français expatrié depuis 2016. De la radio à la tech, de Bangkok à Londres en passant par Hong Kong et Montréal. Fondateur de Komby (SaaS/IA). Ce blog raconte le voyage.

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