Pourquoi j’ai créé Electromix Records

Pourquoi j’ai créé Electromix Records

Il y a un moment, dans la vie d’un animateur radio, où tu réalises que le micro ne t’appartient pas. La voix est la tienne, mais la station appartient à quelqu’un d’autre. La playlist est décidée par quelqu’un d’autre. L’audience que tu construis chaque matin, morceau par morceau, blague par blague — elle appartient à la marque, pas à toi.

En 2008, après presque dix ans de radio — NRJ, Fun Radio, MFM — j’ai compris que je voulais créer quelque chose qui serait vraiment à moi. Pas porter la voix des autres. Porter la mienne.


L’appel de la production

La musique électronique, je baignais dedans depuis mes années NRJ. Les interviews avec Bob Sinclar, les soirées, les playlists que je construisais pour mes émissions. Mais il y avait toujours cette frustration : je sélectionnais la musique des autres. Je la mettais en scène. Je la faisais découvrir. Mais je ne la créais pas.

La rencontre avec Denis Ladegaillerie trois ans plus tôt m’avait montré que le mur entre « créer de la musique » et « la mettre dans les oreilles du monde entier » n’existait plus. Plus besoin d’Universal. Plus besoin de supplier un directeur artistique de t’accorder vingt minutes. Un bon titre, un distributeur digital, et le monde s’ouvre.

Alors j’ai sauté.


Les premiers sons

Electromix Records naît en 2008 avec un objectif simple : sortir de la house music et de l’électro de qualité, et la distribuer dans le monde entier via Believe.

Mon premier single — Ibiza Hype — sort sous mon propre nom. C’est un moment étrange. Passer de l’autre côté. Ne plus être celui qui présente la musique, mais celui qui la fait. Quand j’ai entendu mon titre pour la première fois dans un set, dans un club, avec des gens qui dansaient dessus sans savoir que l’ancien animateur radio était dans la salle… c’était une sensation difficile à décrire. Un mélange de fierté et d’irréalité.

Puis les choses s’enchaînent. Give Love, remixé par les Muttonheads — un duo reconnu dans la scène house européenne. Quand des producteurs de ce calibre acceptent de toucher à ton morceau, c’est une validation que tu ne peux pas acheter.


Le catalogue

Au fil des années, Electromix Records grandit :

Yane Solöne — Facing the Sea, Playa d’en Bossa, Stomp, Open Your Mind, Quebras Esta DJ. Un projet d’artiste qui m’a appris à gérer le développement d’une carrière de A à Z.

Oliver Kaan & Diana Joselle — Right Beside You. 2 Fabiola — Straight to the Top. Platinum Girls — Ignite My Fantasy. Chris Feelding — Love on Track. Jim Marlaud & Al Swan — Love You Like That.

Et la compilation Clubbin’trax 2.0 — 24 titres rassemblés pour montrer l’ADN du label.

Au total : 13 singles, 1 compilation. Distribués sur Spotify, Beatport, Apple Music, Deezer, YouTube Music, Amazon, Tidal. Dans 240+ territoires. Du Japon au Brésil, de la Scandinavie à l’Australie.

L’ancien cuistot de Jouy-en-Josas avait sa musique dans les enceintes du monde entier.


Ce que diriger un label t’apprend sur l’entrepreneuriat

Un label, c’est une entreprise déguisée en passion. Chaque single est un lancement de produit. Chaque artiste est un partenariat à construire et à gérer. Chaque release a une stratégie, un timing, un positionnement.

Tu apprends le marketing — pas celui des slides PowerPoint, celui qui fait que quelqu’un clique « play » au lieu de scroller. Tu apprends la gestion — les contrats, les royalties, les splits. Tu apprends la patience — un titre peut mettre six mois à trouver son public.

Et surtout, tu apprends que créer quelque chose qui t’appartient, même si c’est petit, même si ça ne fait pas de toi un millionnaire — ça vaut infiniment plus que construire l’audience de quelqu’un d’autre.


La pause

En 2013, la vie personnelle a pris le dessus. Mariage, enfants, puis divorce. Une période où tu ne crées plus — tu survis. Le label s’est endormi. Pas mort, mais en hibernation.

Les titres sont restés en ligne. Les royalties continuent de tomber, modestement. Le catalogue existe toujours, intact, quelque part dans les serveurs de Believe qui alimente les plateformes du monde entier.

Treize ans de silence.


2026 — Le réveil

Aujourd’hui, Electromix Records reprend vie sous la bannière Komby Music. Les nouveaux titres — Komby Komby, Komby Make It Easy — marquent le début d’une nouvelle ère.

Ce n’est pas de la nostalgie. C’est l’aboutissement de tout un parcours. La radio m’a donné la voix et le marketing. Le label m’a donné la production et la distribution. L’expatriation m’a donné la liberté et la perspective. Digital CHR m’a donné le terrain et la technologie.

Et Komby assemble tout ça en une seule machine.

Depuis 2008, j’ai appris à créer, distribuer, marketer et scaler un produit créatif à l’échelle mondiale. La seule chose qui manquait, c’était le bon véhicule pour tout porter en même temps.

Ce véhicule existe maintenant. Et cette fois, il ne s’endormira pas.


Prochain article : Comment la crise des commerces a transformé Digital CHR — et pourquoi le modèle agence est condamné.

Alexandre Auger
Alexandre Auger

Entrepreneur français expatrié depuis 2016. De la radio à la tech, de Bangkok à Londres en passant par Hong Kong et Montréal. Fondateur de Komby (SaaS/IA). Ce blog raconte le voyage.

Retour au journal