Komby en 14 étapes — Étape 13 : Like a Dragon, Be water, my friend

Like a Dragon Komby Be Water — personnage Komby Dot IO face à Bruce Lee à Hong Kong : fluidité pour construire

À Hong Kong, je me suis arrêté devant la statue de Bruce Lee — le Little Dragon — et un guide a expliqué en anglais qui il était vraiment : un entrepreneur, un combattant pacifique et silencieux, un philosophe, pas seulement l'homme des coups de pied. J'ai raconté cette scène dans Wan Chai, et je n'ai pas nommé tout de suite ce qu'elle avait planté. Des mois plus tard, sous la pression du build, cette graine est devenue Like a Dragon — non pas parce que j'avais besoin d'une citation à coller quelque part, mais parce que j'avais besoin d'une discipline pour tenir sans me casser.

Bruce Lee disait qu'il fallait être sans forme, comme l'eau : prendre la forme du récipient, pouvoir couler ou frapper selon le moment. Aujourd'hui encore, sa femme Linda et sa fille Shannon portent cette philosophie — Shannon l'a prolongée dans Be Water, My Friend — et c'est précisément cette continuité qui m'intéresse. Le Little Dragon est mort jeune, mais l'eau continue de couler, et j'ai dû apprendre à l'incarner dans mon propre combat plutôt qu'à la citer pour faire joli.

Bruce Lee, le visage qui m'a servi de boussole

Pour comprendre pourquoi cette histoire m'a collé à la peau, il faut regarder un peu plus loin que les films. Bruce Lee — Li Xiaolong — n'était pas seulement une star d'arts martiaux : né à San Francisco, élevé à Hong Kong, formé aussi aux États-Unis, il a fondé des écoles, inventé le Jeet Kune Do, et refusé d'imiter une personnalité réussie. Quand Hollywood lui fermait la porte, il n'a pas attendu qu'on lui ouvre la façade ; il est allé bâtir ailleurs, là où le risque était encore possible.

C'est Raymond Chow et les studios Golden Harvest qui l'ont rappelé à Hong Kong. Avec The Big Boss, puis Fist of Fury, les records sont tombés et une porte de côté s'est ouverte vers le monde. Mais Bruce a voulu davantage de contrôle : avec Chow, il a fondé Concord Production — lui sur le créatif, Chow sur l'administratif, Golden Harvest à la distribution — et a écrit, réalisé, produit et joué The Way of the Dragon, avant Enter the Dragon avec Warner Bros. et Game of Death, resté inachevé. Jusqu'au bout, il a été entrepreneur : pas seulement l'acteur devant la caméra, l'homme qui prenait le risque de produire.

Ce visage-là — le combattant qui devient producteur, l'homme qui refuse de seulement vouloir et qui fait — c'est celui que le guide avait déjà nommé devant la statue. Plus tard, en construisant Komby sans filet, j'ai compris pourquoi cette trajectoire me parlait : DJ hier, CEO aujourd'hui, codeur et compositeur, on peut être plusieurs choses si l'on refuse le schéma unique. Concord m'a rappelé qu'on peut tenir le créatif et le risque en même temps, sans attendre qu'une porte Hollywood — ou une levée — te valide.

L'épreuve : quand la rigidité coûte plus cher que les coups

Le marché frappe, la vie aussi, et parfois les deux le même jour, dans un enchaînement qui te laisse peu de temps pour respirer entre les impacts. La réaction naturelle, celle que le corps connaît avant que la tête ait réfléchi, c'est de se durcir : défendre la position, doubler la mise, serrer les poings. Parfois cette rigidité est nécessaire, quand il s'agit de tenir une promesse fondamentale. Souvent, en revanche, elle est suicidaire.

Je l'ai appris dans des situations concrètes. J'ai gardé des features par orgueil alors qu'elles contredisaient Make It Easy et compliquaient la vie de ceux qu'on prétend servir. J'ai envoyé des emails trop vite, sous adrénaline, et brûlé des deals que vingt minutes de recul auraient peut-être sauvés. Il y a eu des périodes où le technique, le client et le personnel arrivaient ensemble, et où mon instinct de bootstrappeur voulait tout verrouiller — contrôler chaque variable, micro-manager chaque détail — jusqu'à l'épuisement et aux erreurs en cascade. Underdog Man hurlait de frapper en retour, et pendant ce temps la rigidité me cassait plus sûrement que les coups eux-mêmes.

Je ne priais pas pour une vie facile : je n'en avais pas. Ce qu'il me manquait n'était pas davantage de volonté, mais la fluidité — cette capacité à lâcher une forme figée sans lâcher le combat, à accepter que le plan A meure sans que ce soit une défaite personnelle, à trouver un autre chemin quand le premier est bloqué. Bruce Lee enseignait précisément cela : l'eau ne se casse pas comme le béton ; elle change de forme et reste entière.

Il y a eu aussi, à un moment précis de la boîte, une image qui résume bien l'endroit où cette leçon a cessé d'être une anecdote de voyage. La vision était claire, l'enveloppe limitée — autour de trois cent mille —, l'équipe tenait à deux développeurs dans la ville, et la peur aurait volontiers tout rétréci. Ce n'était pas un pitch : c'était une réalité de bootstrap. Rester vivant et libre dans cette taille-là, sans se rigidifier en béton, c'est exactement là où la leçon du Little Dragon est devenue un outil de survie.

Ce que le corps retient

La fluidité ne reste pas dans la tête : elle se pratique, ou elle n'existe pas. J'ai appris à attendre vingt minutes avant de répondre à un mail agressif, à supprimer une feature parce que le marché avait changé et non parce que l'ego refusait d'admettre l'erreur, à marcher à Londres comme à Wan Chai en me rappelant que Londres n'est pas Paris et que Hong Kong n'est pas un trophée sur un CV.

Shannon et Linda portent encore l'exigence selon laquelle savoir ne suffit pas — il faut appliquer — et vouloir ne suffit pas — il faut faire. Moi, j'ai dû la vivre dans le dashboard, dans les calls, dans les nuits où une équipe trop petite tient une vision plus large que sa taille : d'abord laisser couler, ensuite frapper ; d'abord clarifier la vision, ensuite construire.

Pourquoi j'ai dû sortir ce morceau

Ces situations s'étaient empilées jusqu'à devenir une pression : la statue à Hong Kong, l'histoire de Raymond Chow et de Concord, les coups du marché et de la vie, les erreurs de rigidité, les nuits à deux dans la ville. Composer, ce n'était pas coller une citation sur un beat ; c'était libérer quelque chose. J'étais en train de me battre contre l'eau, et j'avais besoin d'un endroit pour transformer cette leçon en quelque chose que je puisse réécouter quand la tête voudrait se durcir jusqu'à la fracture.

Partager ce morceau, c'était aussi tendre cette discipline à ceux qui confondent ténacité et béton — fondateurs, indépendants, commerces et tertiaire qui construisent sans filet — et leur dire qu'on peut tenir sans se casser. Sans cette étape, The Undertaker serait une arène de béton. Avec elle, on y entre autrement : on prend les coups, on change de forme, et on reste.

Libérer la pensée

L'album Komby est quasi autobiographique, et Like a Dragon est la marque de combat de ce mindset — celui qu'un guide a nommé devant une statue à Hong Kong, celui que Linda et Shannon portent encore, celui que j'ai dû apprendre sous les coups du bootstrap. Sur France Je Te Quitte, j'ai raconté d'autres moments où il a fallu plier sans rompre ; ici, la leçon traverse jusqu'au dashboard, jusqu'aux décisions du quotidien.

En filigrane, Komby — combinaison, MetaSaaS, ambition internationale — se construit un peu comme Lee construisait ses films et son art : soi-même d'abord, action ensuite, forme fluide face au changement. On peut vouloir longtemps ; ce qui compte, c'est de faire, et de construire.

Like a Dragon est la treizième marque de combat : le morceau qu'on écoute quand tu veux frapper, et que tu as besoin de te rappeler que l'eau gagne — à condition de faire, pas seulement de vouloir.


Alexandre Auger — CEO de Komby

*Étape 13/14 — Précédent : CEO (12) · Suite : The Undertaker (14)*

Alexandre Auger
Alexandre Auger

Entrepreneur français expatrié depuis 2016. De la radio à la tech, de Bangkok à Londres en passant par Hong Kong et Montréal. Fondateur de Komby (SaaS/IA). Ce blog raconte le voyage.

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